Les mass média et la culture de la rareté

April 7th, 2006 par Freddy Mallet

Si on cite dans sa globalité le titre du dernier livre de Joël de Rosnay sorti en début d’année ça donne: ‘La révolte du pronétariat : des mass media aux média des masses‘. Le fait que le web soit à l’origine d’une confrontation majeure entre les tenants institutionels de l’information (TF1, Fox News, Le Monde, Liberation, Universal, Time Warner, etc..) qu’on appelle les mass media, et vous et moi au travers les media des masses (blogs, wikipedias, YouTube, Flickr, emule, etc..) n’est pas franchement une révélation. Par contre là où le livre m’a franchement éclairé c’est sur la nature de la confrontation.

En effet, les mass media ont toujours tendance à faire glisser officiellement le débat sur la pertinence / véracité / qualité / accessibilité de l’information comme récemment à travers la guerre ouverte entre Wikipedia et Britannica. Même si ce sujet à son importance la raison essentielle de la confrontation n’est pas là. En fait d’un côté on cultive de la rareté et de l’autre côté on cultive de l’abondance. Ce qui va suivre est une lapalissade mais plus quelque chose est rare, plus sa valeur marchande est importante. Donc pour gagner de l’argent il faut cultiver de la rareté (D’où le lancement d’une campagne marketing par LaRedoute sur leur nouveau service des Ventes privées qui m’a poussé à écrire cette entrée de blog même si ce n’est pas là sur le domaine des media).

Et comment se matérialise par exemple cette rareté sur TF1 ? En y réfléchissant vous allez trouver la réponse tout seul. Si néanmoins la révélation ne tombe du ciel, la prochaine fois que vous allez courir vous vautrer devant votre poste de télé pour ne pas louper ce qui va être diffusé reposez-vous la question ;-) .

5 Responses to “Les mass média et la culture de la rareté”

  1. ElZorro Says:

    Perso Freddy c’est au pied du mur que je vois mieux lapalissade.

  2. Freddy Mallet Says:

    dans des moments comme celui là, tu me manques ;-)

  3. perspikace (Nicolas Gosset) Says:

    Jouer sur la rareté n’est il pas un peut dangereux dans le monde numérique, ou les stocks n’existe pas…

  4. alex Says:

    Il y a un corollaire absolument fondamental à cette analyse. Si effectivement les média établis ont tout intérêt à cultiver la rareté du contenu ou à essayer de l’imposer artificiellement, il exizste néanmoins une réelle rareté aujourd’hui: celle de l’attention humaine. Nous produisions mondialement, chaque année, du nouveau contenu qui représente l’équivalent de plusieurs dizaines de milliers de fois l’ensemble du contenu de la bibliothèque du Congrés des Etats-Unis d’Amérique. Cela correspond à une quantité d’information absolument astronomique et impossible à exploiter de manière exhaustive pour chaque citoyen de la planète. Si on se limite aux personnes connectées sur la toile, c’est encore plus spectaculaire.

    Nous sommes donc confrontés à la question de la rareté de l’attention, notre attention, qui devient, du coup, notre ressource la plus précieuse. Or, nous ne sommes tout simplement pas préparés, pas éduqués pour gérer notre capital d’attention. Et en réalité une des missions stratégiques premières des média établis est précisément de capter cette ressource. C’est sans doute ce qui fait dire en termes crus aux patrons de TF1 que leur objectif est d’avoir un maximum de cerveaux disponibles aux alentours de 20h pour leur diffuser les pubs et les autres invitations à dépenser leur attention. A cet égard, il est intéressant de jeter un oeil à l’association américaine Attention Trust (http://www.attentiontrust.org/about)… au risque bien sûr de dépenser encore un peu d’attention à une autre source de contenu :)

    Cette question de la rareté de l’attention humaine est un enjeu économique et stratégique capital à la fois pour des raisons de productivité et de succès business et par rapport aux conséquences que peut induire le fait de capter l’attention. A cet égard le résultat des élections italiennes peut être interprété comme étant la conséquence d’un déséquilibre spectaculaire dans la capacité de chaque camp à capter l’attention du citoyen. Et il me semble que le phénomène Ségolène Royal peut aussi s’expliquer ainsi(en dehors de toute considération sur les mérites et le talent politique de cette femme politique que personnellement j’admire sans être d’accord avec toutes ses idées): il s’agit d’innonder le système par la base. C’est également une des composantes du développement de jamendo (www.jamendo.com), une start-up extrêmement intéressante pour laquelle j’ai eu le plaisir de travailler sur un projet. Un maison de conseil en stratégie d’entreprise classée dans le top 3 mondial, avait produit voici quelques années une analyse qui montrait que la gestion du temps est une source d’avantage concurrentiel pour les entreprises; je crois que c’est une des dimensions de la problématique de la rareté de l’attention. Et bien sûr, ceci nous conduit très naturellement à des ruptures majeures dans le domaine de la communication et du marketing d’entreprise avec des entités comme Culture Buzz qui proposent une action de terrain pour construire l’image d’un produit ou d’une entreprise par l’influence exercée par des individus. Ce que Le Monde appelait le “guerilla marketing” dans un article paru il y a plus d’un an, n’est qu’une des dimensions d’une discipline réformée du marketing…

    Nous vivons sans aucun doute une époque absolument passionante.

  5. Freddy Mallet Says:

    Merci pour ce commentaire autant si ce n’est plus intéressant que l’article de base lui même ;-) . Ton commentaire m’inspire une nouvelle réflexion: dans les années 50/60 il existait en france en tout et pour tout un seul canal de diffusion télévisé la RTF. Si un individu ou une entreprise (naissance de la publicité en 68 à la télé) souhaitait toucher les français il ’suffisait’ de s’exprimer à la télé. Dans les années 80 / 90, la puissance de TF1 suffisait à capter encore bon nombre d’attentions. Mais quand est-il maintenant ? Comment toucher directement un large public (sous entendu comment continuer à se faire de l’argent via notamment la publicité) ? Ce n’est quasiment plus possible (sauf indirectement au travers l’outil le plus utilisé: le moteur de recherche google) et heureusement ! C’est sur cette dispersion de l’attention humaine que s’appuie notamment le web 2.0 (les réseaux sociaux, les blogs, etc…). Nous arrêtons d’être tous synchronisés sur LA parole pour générer de la diversité et donc (c’est un sentiment personnel et subjectif) de la valeur (// avec le monde open source).

    Comment dans ce cas réussir à diffuser largement un message puisqu’il n’existe plus de canal de diffusion majeur ? Arrêter de communiquer en direct et s’appuyer sur un socle étendu de relais (ce que tu appelle la base pour Ségolène Royale).

    merci encore pour ton commentaire.

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