le marketing, machine à formatter ?

October 26th, 2004 par Freddy Mallet

Je viens de terminer un petit bouquin fort intéressant intitulé ‘Aimer, s’aimer, nous aimer’ d’un certain Bernard Stiegler qui n’a sur le fond aucun rapport avec l’informatique mais comme tous les chemins mènent à l’informatique il finit tout de même par faire une digression sur Amazon et Google. Comme son point de vue m’a relativement séduit je vais essayer de synthétiser le message en quelques lignes:

Pour aimer les autres, il faut d’abord s’aimer et pour s’aimer il est capitale que chaque personne possède en soit ce que Bernard Stiegler appelle un ‘narcissisme primordiale’. Or pour alimenter ce narcissisme primordiale il est important de cultiver un certain droit à la différence, un certain individualisme (dans le sens affirmation de soi).

D’après Bernard Stiegler, contrairement à une idée reçue nous ne vivons pas dans une société de plus en plus individualiste mais bien au contraire dans une société en perte d’individuation. Ca veut dire simplement que d’un individu à l’autre dans notre société moderne, les différences ont tendances à s’estomper. A ceci de multiple raisons comme la place pré-pondérante de la télé et le phénomène de consommation de masse.

Pour la télé, c’est pas bien dur à comprendre puisque tous les soirs des millions de personnes vivent la même chose au même moment et que par conséquent leur référentiel ‘vécu’ a tendance à converger progressivement.

Pour la consommation de masse, n’en déplaise à JBB ;-) , selon Bernard Stiegler, la finalité du marketing est avant tout de faire rentrer tout individu dans une catégorie de population. En effet la singularité d’un individu est un frein à la consommation de masse, voir un non sens pour n’importe quelle world compagny. Et concrètement me direz vous ça se manifeste comment ?

Prenons l’exemple du site Amazon (que j’adore d’ailleurs), vous achetez un livre, deux livres, un cd, vous naviguez et puis tout d’un coup vous vous dites: “C’est super! Amazon a compris mes centres d’intérêts et devient proactif pour me proposer de nouveaux produits qui semblent m’intéresser et dont je ne soupçonnais par l’existence.”. Je suis le premier à me dire que c’est super mais à l’échelle mondiale d’Amazon ce système est relativement pervers puisqu’il a tendance à faire converger naturellement les gens vers des choix semblables et donc à atténuer les différences.

Autre exemple avec l’extraordinaire site Google, si vous faites une recherche sur un sujet donné nul doute que vous allez tombé sur les mêmes résultats que toutes les personnes ayant fait, faisant ou qui feront la même recherche. Pire encore, les premiers sites retournés par les moteurs de recherche vont mécaniquement asseoir leur prépondérance grâce à ces moteurs de recherche et ceci à l’échelle du monde.

vade retros satanas…

One Response to “le marketing, machine à formatter ?”

  1. jbb Says:

    Et oui, cruelle désillusion : on se croit unique et avec le temps on se rend compte que l’on tombe souvent sur des personnes avec qui on accroche sur un point commun (loisir, sport, hobby, …) et puis que ce n’est pas le seul et qu’au final les gouts sont proches comme si on avait été fait dans le même moule.
    Je ne pense pas que le marketing ait beaucoup a forcer pour nous faire rentrer dans une catégorie.
    C’est quand même plus rassurant d’être dans une “tribu”e que de se retrouver seul au monde.
    Car il faut bien se l’avouer, si on a tous tendance à se croire unique, au fond, on est bien content de ne pas être “seul au monde”.
    Le marketing évolue sans cesse. La prochaine tendance, quand tout le monde aura peur de ressembler à son prochain, sera de te faire croire que tu es unique si tu achètes le produit X. Mais là ce sera plus dur car il faudra produire des produits sur mesure et sur demande. Mais bon comme on est un peu moutonnier, la demande sera un peu toujours la même et au final cela ne changera pas beaucoup.
    Un exemple : chacun peut sur son portable, programmer sa propre mélodie unique au monde. Qui le fait ? Personne, par contre les sites de téléchargement s’en mettent plein les poches en proposant une offre au final bien réduite. C’est toujours la règle des 80/20 : 80% de la demande ne concerne que 20% des produits.
    Ah mince … excusez-moi, je pensais être sur mon blog de philo ;-)

Leave a Reply

You must be logged in to post a comment.